Il vaut mieux être seul que mal accompagné!
Certaines nations étant venues avec une trop grosse délégation au conseil, avaient été obligées de camper à la bordure d’Héliopolis. Les Shintô montèrent leur tente à la clairière des
coquelicots. Cette clairière portait bien son nom puisque seule cette fleur poussait en abondance. Ce qui lui donnait une atmosphère sulfureuse entre passion ardente et vulnérabilité à fleur de
peau. Endroit privilégié où les amours naissaient, se transcendaient et se fanaient au rythme des saisons. De la simple conquête prépubère emprunte de naïveté et de charme à celle plus torride et
délictueuse des adultères. C’est pourquoi cet endroit apparaissait aussi pour les plus chastse comme l’antre du mal. Qui vous charme pour que vous succombiez au fruit défendu. Et ce soir là
n’était pas prévu le rouge passion des plaisirs charnels mais plutôt le rouge sanguinolent du sang versé. Une toute autre joute tout aussi charnelle se préparait. Uesugi et Mimanoto son plus
fidèle samouraï enduisait les bras de deux jeunes moines du substance à la senteur particulière. Celle-ci attirerait inéluctablement à eux deux Mantes religieuses géantes afin d’assouvir leur
soif de protéine. Car si il appartient aux us et coutumes de certifier du cannibalisme de la mante religieuse après avoir copuler, il s’avère que ce n’est pas toujours le cas. Les conditions
d’études se faisant la plupart du temps dans des vivariums ne laisse effectivement pas le choix à la femelle puisqu’il ne lui reste plus sous la dent, en source protéinique que son amant. Mais
dans la nature, l’épilogue peut se révéler différent. Le male, si il a la présence d'esprit de ne pas s'attarder à dorloter peut se soustraire aux mandibule de sa femelle qui le désire jusqu'à
dans sa chaire. Elle assouvira alors son besoin organique avec une proie qu'elle ne manquera pas de trouver dans la nature. Que dire alors du scientifique en herbe qui se délecte de la
décapitation de cett animal innocent. A se demander si celui-ci ne cherche pas lui-même à assouvir un besoin morbide, tout aussi ancré dans sa chair. Lui donnant un sentiment de toute puissance
puisque il pouvait infléchir le destin de cette pauvre bête si il désirait par charité l'enlever de sa cage. Mais qui au nom de la science laissera la prédiction se réaliser. Espérons simplement
alors que ceux qui sont au dessus de nos têtes ne se prête pas à la même expérimentation en nous ayant mit dans un vivarium plus gigantesque. Et qui savoure à leur tour le spectacle que nous
offrons dans nos boucheries guerrière. Et qui prône à leur tour que le cannibalisme de l'homme réside dans de l'auto mutilation sans réel besoin vitale, si ce n'est de réguler sa population.
Démontrant ainsi que le résultat d'une expérience n'est valable que selon les conditions dans laquelle elle a été menée. Conduisant à des a priori ancrés pour des générations. Quoiqu'il en soit,
le cannibalisme des mantes religieuses représentait le matriarcat. Et les Wicca auraient très bien put prendre cet animal en emblème mais ce fut les Shintô qui sublimèrent cette espèce pour deux
raisons. La première pour sa contribution à l'épanouissement d'une bonne moisson. Ennemies naturelles des prédateurs des récoltes, elles s'avéraient de formidable tutrices pour l'éclosion des
jeunes pousses. La deuxième raison résidait dans son art du combat. La vivacité dont elle projetaient leurs pattes avant pour transpercer l'adversaire se révélait d'une technique redoutable. Les
Samouraï Shintô étudièrent à la loupe cet art qui déboucha sur le Tang lang quan, technique de combat dite de la mante religieuse. Et afin de rendre véritablement hommage à ces combattantes, ils
entreprirent d' accroître leur gabarit. Ils les transmutèrent d'abord avec des cheveux afin de grossir leur taille. Puis au fil des générations ils gommèrent les gènes des équidés pour qu'il ne
reste que la prépondérance de la morphologie des mantes religieuses. Les Shintôs remplacèrent donc leur destrier par ces nouvelles montures, bien plus efficaces puisque qu’ elles pouvaient
combattre à leur côté, trancher dans le vif, décapiter l'ennemi avant même que le Samouraï ne sorte son Katana. Sans compter qu'elles pouvaient effectuer de long bond et se retrouver dans
les lignes arrières, ce qui faisait la hantise de tout ennemi puisqu'il devait faire face à une attaque frontale ainsi qu'un soudain assaut aérien. Imaginez une nuée de mantes religieuses géantes
bondissant dans tous les sens avec sur leur dos des cavaliers tous aussi lestes, qui au passage en profitaient pour couper quelques têtes. Mais ce soir les deux mantes religieuses
serviraient de partenaire d'entraînement d'un type particulier. Les deux adolescents Shintôs se devaient d'abattre ces adversaires pour ne pas subir une fin funeste. Les Samouraïs privilégiaient
ce type d'entraînement plus que réaliste car à leurs yeux, un entraînement sans véritable enjeux se révélait beaucoup moins efficace. Car si certains pensaient que la voix de la diplomatie menait
forcement à la paix, d’autres se préparaient déjà à la guerre.
" Ne pensez vous pas que nous aurions du attendre le retour chez nous pour continuer l'entraînement?" Demanda Mimanoto.
" Si les prédictions de notre Bouddha sont exacts, il ne nous reste plus beaucoup de temps pour nous préparer au pire." Répondit Uesugi.
" Certes mais nous ne sommes pas à l'abri d'un accident et tous nos meilleurs hommes médecines sont restés au pays." Surenchérit Mimanoto qui ne trouvait pas raisonnable cette mise en
situation.
" Inari et Honen le savent! A eux de faire en sorte de ne pas en avoir besoin." Trancha Uesugi qui ne plaisantait jamais sur la rigueur d'un entraînement. A l'aide de son Katana, Uesugi trancha
le lien qui retenait les deux mantes. Appâté par les hormones mal déposées sur les deux adolescents, elle se dirigèrent instinctivement vers eux pour satisfaire leur appétit de protéine. Inari et
Honen dégainèrent à leur tour leurs sabres. En tant qu'apprentis, ils portaient le kimono rouge des moines Shinto en attendant de choisir leur véritable orientation entre guerrier et bonze. Les
deux devaient passer par un entraînement de l'art de la guerre ainsi que celui de la méditation pour décider ensuite de leur domaine de prédilection. La spécialité des guerriers Shintô résidait
dans la préméditation des mouvements de l'adversaire. A force d'entrainement ils parvenaient à ressentir les ondes énergétique séparant deux êtres. Permettant ainsi d'estimer la trajectoire d'une
action et d'ajuster sa réaction en fonction de cette déduction, et ainsi faire corps avec son adversaire et déterminer ses propres mouvements non contre lui mais avec lui, pouvant donner
l'impression d'un partenariat avec un danseur de tango. Une des leçon de Maître Uesugi stipulait:
" Aucun mouvement n'est prédéfini. Tu dois te laisser guider par l'adversaire, danser avec lui. Sers- toi de l'axe de ton corps ainsi que de son poids. Ne t'interpose pas avec force. Ne cherche
pas à le manœuvrer avec tes bras mais avec l'action imperceptible de ton centre de gravité. Tout est question de trajectoire et si tu arrives à garder l'équilibre de ton axe sur celui qui cherche
à le briser, alors tu prendra le dessus. Tu pourras le mener où bon te semble et interrompre cette danse avec la plus grande des fluidité."
C'est avec ces paroles en tête qu'Inari affronta la mante religieuse qui se voyait déjà danser avec lui un tango funèbre. Le couvrir de baiser postmortem et lui arracher les bras pour se régaler
d'avance de protéine qui viendront reconstituer un apport énergétique nécessaire pour porter ses œufs. La mante propulsa sa patte acérée afin d'embrocher sa proie. Aussitôt Inari sauta par dessus
cette faux de la mort tandis que son camarade se baissait pour éviter une attaque similaire de la deuxième mante religieuse. Sans attendre son reste, la première mante envoya sa deuxième patte
dans l'espoir cette fois-ci de couper en deux sa victime. Inari réagit tout aussi adroitement en exécutant une torsion de son buste sur l'arrière. Il se trouvait à la limite du déséquilibre. Afin
de compenser le poids de son corps qui risquait de le faire chuter sur le dos, il plia fortement ses jambes. La patte de la mante effleura le nez du jeune garçon mais cela ne le déstabilisa pas.
Il se redressa avec la souplesse d'un chat et trancha à l'aide de son Katana la patte de l'insecte. Il effectua ensuite un demi tour sur lui-même en agrandissant sa position afin de se rapprocher
plus rapidement de sa cible. Ce qui lui permit aussi grâce à la force centrifuge, de donner de l'élan à son arme. Une fois son déplacement effectué, il continua son mouvement en déployant son
bras. La lame du Katana aussi affutée qu'un rasoir décapita la mante sans même qu'elle puisse esquisser un mouvement de retrait. Le jeune moine pouvait être fier de lui, il démontrait à ses
maîtres qu'il venait de mettre un pied dans la strict voix du guerrier. Avec un bémol tout de même car le précepte principal des guerrier Shintôs était de tuer l'adversaire en un seul coup. Et il
en avait fallu deux à ce jeune guerrier pour parvenir à ses fins. La leçon n'était donc pas complètement assimilée. Par contre le deuxième disciple venait de rater l'examen puisque il venait de
se faire perforer la jambe par l'autre mante religieuse. Il hurlait de douleur car sa cuisse transpercé de part en part se trouvait clouée au sol par la puissance de la patte venue se ficher dans
la terre. Inari ne vit pas l'action mais la ressentie par les ondes énergétiques. Il se rua alors au secours de son camarade. La mante prête à achever sa proie interrompit son action lorsqu'elle
vit ce trouble fête fondre sur elle. Aussitôt elle dégagea sa patte de sa victime pour harponner ce deuxième alvin. Elle prit la position spectrale en se dressant sur ses pattes arrière et en
ouvrant largement ses ailes en éventail. Ainsi déployé sa carrure était impressionnante. Sans compter qu'elle exhibait les faces antérieures de ses pattes ornées de taches qui ressemblait
étrangement à des yeux. Elle se servait de ce leurre afin de mieux tromper l'adversaire et le surprendre plus facilement mais Inari en tant qu'homme averti ne tomba pas dans le piège. A nouveau
avec l'agilité d'un félin, il exécuta un saut perieux et atterrit à califourchon sur le cou de la mante. Celle-ci qui avait le potentiel de faire pivoter sa tête à 180 degré regarda cette fois-ci
Inari droit dans les yeux. Mais ce ne fut que pour voir l'étincelle dans son Iris qui clamait: " Game Over." La tête de la faucheuse tomba à terre avant le reste de son corps et Inari effectua
une roulade avant afin de ne pas subir la chute de l'insecte. Heureusement pour Honen que cette fois-ci, Inari parvint sur cette séance de rattrapage à appliquer le dogme du coup unique des
guerrier Shintôs. Usuegi qui avait assisté à la scène n'était qu'à moitié satisfait tandis que Mimanoto paraissait résigné.
" Voila, cela fait un de moins sur lequel on pourra compter." Conclut Mimanoto en parlant d'Honen sachant pertinemment que celui-ci n'était pas prêt de reprendre du service.
" Peu importe! Ceux qui ne sont pas prêt ne nous seront d'aucune utilité! Pour les autres soit ils sont capable de sortir leur épingle du jeu dés à présent, soit ils iront directement à leur
mort." Répliqua Usuegi imperturbable. Les deux Samouraï entreprirent ensuite d'apporter les premiers soins au jeune moine blessé qui sous l'extrême douleur avait perdu connaissance.
La beauté du sanctuaire Wicca ne laissait aucun doute et les appartements de la Geb Sephiroth étaient à l'image des lieux. De somptueuses tentures représentant des scènes animalières tapissaient
les murs. Le lys de lierre sur lequel elles reposaient donnait soit un fond de couleur vert l'été, soit de couleur rouge l'automne. Les nombreux bonzaï donnaient quant à eux l'impression de se
trouver dans une forêt éparse dans laquelle évoluait des géants. Toutes cette végétation attirait bien sur une multitude d'insectes dont les Wicca se faisait un devoir de laisser proliférer. Les
dizaines de fontaines miniatures aux cotées des bonzaï apparaissaient comme des cascades dont l'écoulement continu apaisait l'atmosphère. Elles faisaient échos à la volupté du thé qu'une servante
Wicca versait dans des tasses. La prêtresse mère et Apollonius assis dans des fauteuils en pierre brute, attendaient religieusement la fin du service. Avant de rentrer dans le vif du sujet, la
Geb utilisa les affabilités d'usage:
" Je suis vraiment heureuse de te voir parmi nous. Au fil des ans, je pensais ne jamais te revoir." dit-elle.
" J'avais besoin de prendre du recul, faire un bilan sur ma vie, mes convictions... mais aujourd'hui le devant de la scène semble me réclamer. Et si ça n'avait pas été le cas, je t'aurais rendu
visite avant que le temps ne nous sépare définitivement. Mais à ce que je vois, le temps à beau s'égrener... il ne réussit pas à te flétrir." Répondit Apollonius.
" Toujours aussi flatteur Apollonius mais j'ai bien peur que le temps ne s'égrène à présent à rebours et ne nous fasse revenir à l'âge sombre de Gaïa." Plaisanta à moitié la Geb.
" Je vois que le pessimisme ambiant te contamine." constata Apollonius qui sentait dans le ton ironique de la prêtresse mère un brin d'inquiétude. La servante Wicca avait quitté la pièce. Il ne
restait plus que les deux gardes postés à la porte. Dans ce semblant d'intimité, Apollonius en profita pour demander:
" Dis moi? Que t'a t-il prit d'ordonner une enquête contre Zosime? Vu notre implication, cela risque de se retourner contre nous. Mon Magister m'a déjà interpellé tu sais."
" Je n'ai pas eu le choix mon ami. Face à la pression des autres nations et à Zosime de plus en plus entreprenant, il fallait prendre des mesures pour s'octroyer un léger répit." Justifia la
prêtresse mère.
" Oui mais si Zosime tombe, il nous emportera certainement dans sa chute." Insista Apollonius.
" Tu te trouves dans la même ignorance que le conseil. Je fais surveiller Zosime depuis notre différent. Même si c'est de loin, mes espionnes me font part de rapport fort inquiétants. Tu ne te
doute pas de la puissance qu'il a acquis." dit la Geb en se levant. Elle frappa alors dans ses mains pour ordonner à ses gardes de sortir de la pièce. Une fois cette totale discrétion instaurée,
la Wicca allait pouvoir en dire plus. Mais face à cette soudaine intimité, Apollonius en profita:
" Que t'arrive t-il? Tu t'es enfin décidé à perdre ta virginité?" Demanda t-il. Mais cette attitude désinvolte ne détendit pas l'atmosphère. La réalité de la situation ne le permettait pas.
" Je ne plaisante pas Apollonius! J'ai de plus en plus peur! Si je fais surveiller Zosime, il semble qu'il fait de même. A la différence que ses sources semble bien plus précises que les miennes.
A tel point que j'en arrive à ne plus avoir confiance à mes meilleurs Sephiroth. Ce n'est pas un possible procès qui me fais peur mais la perte de Lilith." Informa la Geb.
" Jamais il n'arrivera à gangrèner la fidélité de tes guerrières. Je peux t'assurer pour en avoir fait les frais que jamais elles ne tomberont sous l'autorité d'un homme." Certifia Apollonius.
Cette affirmation ne rassura pas la prêtresse mère qui semblait sceptique. Elle n'osait le dire à Apollonius mais elle avait bien réussi à soustraire Lilith des griffes de Zosime grâce à la
complicité de son plus proche apprenti. Celui considéré comme son fils, alors pourquoi Zosime ne parviendrait-il pas à soudoyer ses plus proches Sephiroth? Le problème avec l'homme, c'est qu'on
ne sait jamais sur quel pied danser. Il est capable du meilleur comme du pire. Ce qui le rend complètement insaisissable. Le seul indice qui pouvait trahir celui capable du pire, c'est qu'il est
souvent animé par la soif de pouvoir ou de richesse. Qu'il se trouve souvent en orbite autour de gens influents afin de tirer la couverture à soi. Et si il parvient à ses fins, alors ses
premières mesures seront de tirer bénéfice de la situation. De s'augmenter et de s'assurer une retraite dorée en se justifiant bien évidement sur les avantages acquis de ses voisins. Il fera
profiter une partie de ses avantages au seul pouvant le remettre en question afin de museler toute critique. Ou bien, il se servira du vieil adage oh combien vrai du diviser pour mieux régner. Et
si il excelle dans le pire, alors il combinera les deux solutions. Tandis que celui capable du meilleur trouvera toujours trop cher payé ses services puisque à ses yeux ce qui l'enrichi ce n'est
pas un quelconque salaire mais que ses actions apportent un plus à son prochain. Sans se poser la question de quoi il subsisterait le jour où son salaire ne serait plus versé puisqu'il aura la
conviction que la relève sera assurée. Et que si ce n'est pas le cas il dira:
" Tant pis, le principale c'est que j'y ai cru." Apollonius après sa phase du pire se trouvait dans le meilleur. Il guérissait souvent les gens pour une bouchée de pain. Cela lui permettait de
lobotomiser son passé et ce retour dans les sphères dirigeantes faisait office de greffe. Un retour aux sources était donc possible. Tout semblait le diriger dans ce sens. Il se trouvait dans la
même situation qu'un alcoolique qui n'avait pas touché une goutte d'alcool depuis des années et à qui on demandait de lever son verre au nom de l'amitié. La Geb Sephiroth au lieu de respecter son
vœu d'abstinence n'allait pas seulement lui proposer de trinquer mais de prendre la cuite de sa vie.
"Je ne sais pas comment fait Zosime mais il est au courant des moindre faits et gestes de Lilith. J'ai beau la cacher dans les tréfonds d'Héliopolis, il parvient toujours à retrouver sa trace. La
dernière fois il a failli l'enlever sous mon nez." lui apprit la Geb Sephiroth en allumant un encens. L'alchimiste se leva à son tour et rejoint la prêtresse près de l’autel sur lequel brûlait
l'encens.
" Et ben dit donc... On n'a pas l’air de s'ennuyer chez toi." Répondit Apollonius qui cherchait encore à égayer l'ambiance mais qui encore une fois fit face à l'incompréhension de la Wicca qui le
toisa:
" Lorsque tu veras les ravisseurs, tu riras certainement jaune!" dit-elle sèchement. Elle se dirigea ensuite derrière l'autel laissant presque Apollonius sur place.
" Viens donc dans mon excavation, je les ai fait embaumer afin de les conserver." Convia t-elle en tirant sur un morceau de bois. Cette branche usée semblait sortie de nul part et prête à se
désagréger au moindre contact. Mais elle ouvrait en faite l'entrée d'un passage secret. Apollonius se rapprocha bouche bée. Il est toujours enchanteur d'assister à la découverte d'un endroit dont
peu de gens connaissent l'existence. Les jardins secrets recèlent toujours une part d'intimité qui excite la curiosité.
" Et ben... me montrer ce passage c'est comme me dévoiler tes dessous." Affirma Apollonius stupéfait.
" En arriver aussi bas te montre à quel point je suis désespérée." rétorqua la Geb qui invita son interlocuteur à entrer.
" Après toi." Encouragea t-elle. Apollonius s'engagea dans la descente d'escaliers en colimaçon. Des torches accrochées aux murs diffusaient une lumière appropriée.
" Aucun homme n'a jamais mis les pieds ici. J'espère pouvoir te faire confiance comme par le passé." averti la prêtresse mère qui en profitait pour faire référence aux liens qui les liaient.
" Ma confiance se reflète sur l'amour que j'ai pour toi." Répondit Apollonius qui ne pouvait s'empêcher de laisser s'exprimer son côté séducteur. La Geb Sephiroth lui donna aussitôt le
change:
" Ne cherche pas à me flater par ton amour impossible. Je sais pertinemment que tu es un homme à femme et non l'homme d'une femme. Épingler la Geb Sephiroth à ton palmarès serait pour toi la
consécration de ton magnétisme et non un réel désire d'amour." Souligna t-elle afin de montrer qu'elle était loin d'être dupe et que jamais elle ne succomberait à de telle avance. Car l'amour
qu'elle vouait pour son culte s'avérait bien au dessus d'un quelconque sentiment souvent précaire. Son affirmation eut pour conséquence de calmer les ardeurs d'Apollonius qui continua la descente
dans un mutisme peu habituelle de sa part. Les escaliers débouchèrent dans une vaste salle dans laquelle des cases funéraire étaient aménagérs contre les murs. Incrustés dans la pierre des noms
apparaissaient, tous en caractère d'or. Au centre de la pièce des sarcophages se dressaient tels des stèles en attente d'être honorer. Trois d'entre elles étaient recouvertes d'un drap blanc.
Apollonius était au courant des rites funéraires des Wicca. Il savait que toutes les Geb Sephiroth ainsi que les plus grandes prêtresses étaient embaumées et entreposées dans des chambres
funéraires mais il n'avait jamais imaginé que cela puisse être dans les appartements même de la Geb. Il fut extrêmement ému de se trouver dans ce lieux saint par excellence. Son caractère bon
enfant se taira pour laisser place à un respect des plus pieux que requérait la situation.
" Je suis touché que tu me permette de poser le pied dans ce sanctuaire." dit-il en toute humilité avant de continuer.
" J'ai toujours entendu dire que vous réussissiez à conserver vos morts mais je me suis toujours demandé par quelle sorcellerie vous arriviez à ce prodige." déclara t-il. La Geb qui se trouvait
prêt d'un des sarcophage recouvert d'un drap, s'apprêtait à tirer sur le voile qui dissimulait une vérité difficile à concevoir.
" Ce n'est pas de la sorcellerie mon ami. Simplement un art transmit de génération en génération. Tu te sers de ton ki pour pratiquer ta médecine mais la momification appartient à une pratique ne
faisant pas appel aux quatres éléments. Celle-ci est née bien avant la découverte de la magie. Par contre celui qui a engendré cet O.G.M. culmine à l'apothéose de sa sorcellerie." Avertit la
prêtresse mère en tirant sur le drap. Une fois le voile levé sur la nature du sacrilège commis, Apollonius resta de marbre. Un sentiment entre peur et fascination le submergeait devant cette
création. Il reconnu tout de suite la marque de fabrique de son ancien mentor. Seul son génie avait pu matérialiser une idée aussi extravagante dans un laps de temps aussi court. Restait à savoir
combien de ces O.G.M. servaient ses ambitions. Bien sur l'interdit ancestral de mélanger les gènes de l'homme à l'animal provoquait comme tout péché un sentiment de honte, de culpabilité envers
le fautif. Pouvant le marquer au fers rouges d'ignominie que seul l'échafaud pourra gracier. Mais paradoxalement, cette œuvre dans son abjection recelait une immense beauté. Quoi de plus beau que
de se servir des créations divines pour sublimer l'homme? Cet homme qu'on dit parfait et qui représente le chef d'œuvre de Dieu. Celui qui est à son image mais qu'un Alchimiste plus téméraire que
les autres a modifié pour le rendre beaucoup plus efficace. Certes pas dans un domaine des plus philanthrope mais par cet acte il prouvait qu'on pouvait faire mieux que Dieu lui-même. Peut être
l'origine du réel péché se trouvait là, dépasser le maître? Mais n'est-ce pas là le devoir de tout érudit, aller plus loin que celui qu'on a prit pour exemple? Et là Zosime avait excellé. Il
serait dur de créer meilleur guerrier. Sur la table se trouvait un Myrmidon Majeur. Par majeur on entendait que l'être crée était égal ou supérieur à l'homme par sa taille, tandis qu'un mineur
était forcement plus petit. Quant au Myrmidon il appartenait à l'espèce d'un métabolisme extraordinaire, celui de la fourmi. Apollonius avait toujours été fasciné par cet insecte à la résistance
incroyable mais dont la petitesse rendait difficile à observer. Et aujourd'hui sa taille humaine permettait de l'admirer dans toute sa splendeur. Le plus impressionnant résidait dans la
contemplation de sa tête. Ses deux énorme mandibules faisaient office d'arme naturelle. A les regarder on ne doutait pas de l'efficacité de celles-ci qui devaient être aussi affuté que la plus
tranchantes des lames. Ses yeux composés de centaines de facettes lui permettaient d’avoir un champs de vision à 180°. Muni de deux puissante jambes et de deux paires de bras, cette combattante
pouvait s’équiper de plusieurs armes en plus d’un bouclier. Et pour pousser son prototype jusqu’à la perfection, Zosime avait engendré des reproducteurs qui avaient la particularité de posséder
des ailes. Apollonius se demanda simplement si cet O.G.M. s’avérait capable comme certains de ses congénères miniatures de projeter de l’acide? Mais connaissant son créateur il n’en doutait pas.
Il fut obligé de reconnaître le génie de son mentor et comprit la réflexion de son agresseur lorsqu’il lui avait dit qu’il était trop occupé pour s‘occuper de son cas. Quel guerrier pouvait
rivaliser avec ce soldat absolu? Capable aussi bien de voler que de ramper. Pouvant manier plusieurs armes avec un champs de vision supérieur au commun des homme. En imaginant une armée complète
de tels mercenaires, Apollonius eut des frissons dans le dos. Instinctivement il porta sa main à son menton et se grata sa plaie encore fraiche.
« Effectivement, il semble que nous ayons un problème! » Admis t-il
« Cet O.G.M. est la preuve de la profanation de Zosime. Si je sais pourquoi il m’a envoyé de tels sbires, ce n’est pas le cas du conseil. C’est pourquoi j’ai gardé cette pièce à conviction
sous silence. Je ne voulais surtout pas donner une quelconque justification de sa présence ici. Réussir à faire parcourir une telle distance à des O.G.M. sans que ceux-ci soient repérés est une
véritable performance. Ce qui me désoriente le plus dans cette histoire c’est que Zosime prenne le risque que les Dix Nations apprennent l’existence de son sacrilège. » Expliqua la prêtresse
mère.
« Cela s’appelle de la témérité Geb. Si Zosime n’a plus rien à cacher, c’est qu’il se sent suffisamment fort pour défier les Dix Nations! » Conclut Apollonius.
« Même si sa puissance devient incontestable, s’attaquer aux Dix Nations serait un véritable suicide. » Certifia la Geb Sephiroth qui ne voulait pas baisser les bras et entrevoir ainsi
un épilogue heureux.
« C’est tout à son avantage. Pendant que personne ne peut croire en cette éventualité, il déplace ses pions au nez et à la barbe de tout le monde. Enfin si je puis dire… » dit
Apollonius hésitant. Car même si ses termes au sujet notamment de la barbe semblaient inappropriés vis-à-vis des Wicca, le sens de sa phrase restait plus que valable.
« Si nous voyons juste, seule Lilith peut contrecarrer ses plans. Il faut absolument que tu la mette à l’abri. » Finit-il par dire tout en regardant les Myrmidons.
« Je sais, c’est la raison pour laquelle je t’ai fais venir… Je veux que tu la prennes en tant qu’apprentie. » Informa la Geb Sephiroth.
Sans attendre elle se dirigea vers la montée d’escalier tandis qu’Apollonius resta cloué sur place. Jamais il n’avait entendu proposition plus absurde. Il se demandait si il avait bien entendu la
résolution de la Geb ou si il dormait debout.
« A ce que je vois c’est bien la première fois que tu restes sans voix. Deviendrais-tu sage en vieillissant? » Demanda la prêtresse qui n’avait pas l’habitude que l’alchimiste retienne
sa langue. En la voyant remonter les escaliers, Apollonius s’engouffra dans son sillage. Suite à l’ahurissement occasionné par cette annonce il reprit du poil de la bête et s’insurgea:
« Si je devins sage, toi tu perds la raison! Ma congrégation ne prend que des garçons en apprentis! Et puis si je veux racheter mes fautes, il faut que je continue mon ermitage. »
Expliqua-t-il.
« Tu plaisantes! Tu crois que mes espionnes ne rapportent que des dossiers importants sur ma table? J’ai des fois droit à des détails très croustillants sur la vie de nos concitoyens. Cela a
au moins le mérite de voir les gens sous un autre aspect et de se détendre entre deux dossiers majeurs . Et à ce que j’ai appris de ta rédemption c’est qu’elle tourne souvent à la beuverie. Bien
que tu ais beaucoup à apprendre à l’enfant philosophale, j’ai bien peur qu’en même temps tu lui fasses perdre un peu de son innocence! Mais hélas je suis acculée. Je n’ai pas le choix. Je
t’assure que si j’avais une autre solution je me passerais de tes services. Et quant à vos pratiques machistes, il suffira de travestir Lilith. Cela lui procurera un camouflage supplémentaire
bien plus simple à réaliser que l’ablation de ses ailes. » Assura la Geb comme si l’avis d’Apollonius comptait pour du beurre.
« Tu peux parler… Vous, vous ne prenez que les femmes dans votre congrégation, c’est tout aussi machiste que je sache! » Rétorqua Apollonius cherchant ainsi à se donner un sursis pour
trouver de meilleurs arguments. Ils se retrouvèrent dans les appartements de la Geb Sephiroth. Celle-ci referma aussitôt le passage secret et regarda cette fois Apollonius droit dans les
yeux.
« Apollonius, il faut que nous fassions face à nos responsabilités. Toi et moi avons organisé son enlèvement et maintenant il va falloir à nouveau faire cavalier seul. En ne mettant
personne d’autre dans la confidence cela évitera qu’un traite ne dévoile nos projets. Certes je prends des risques énormes en te laissant Lilith! Mais les derniers évènements m’ont appris que
quoiqu’il en soit, elle n’est à l’abri nulle part. Personne ne me croira assez folle pour donner la garde de l’enfant philosophal au pire ennemi de Zosime. Il faut savoir être plus fou que le fou
si on veut sortir notre épingle du jeu. » Conclu la Geb Sephiroth qui ne croyait pas si bien dire. A nouveau Apollonius porta sa main à son cou. Il hésitait à avertir la prêtresse sur sa
mésaventure et sur un risque potentiel de sa part. Même infime soit-il, il ne pouvait jurer à l’heure actuelle de sa totale loyauté envers qui que ce soit. Ce qui le laissait le plus dans
l’expectative, c’est que face à la proposition de son agresseur ce scénario avait été envisagé par Zosime. La Geb certifiait être la seule au courant de son projet. Se pouvait-il que Zosime
puisse faire sortir son esprit de son corps et se balader au grès du vent ? Même si les Spirites pouvaient dialoguer avec les esprits il ne croyait pas en cette possibilité. On ne peut se trouver
sur tous les fronts, la solution devait se trouver ailleurs. Egal à lui-même Apollonius subit les événements en se disant simplement que demain serait un meilleur jour. La Geb comme pour sceller
leur accords vint lui faire une bise sur la joue. Aussitôt le fatalisme d’Apollonius revint au galop, il prit cette nouvelle au second degré et tenta une énième fois sa chance:
« Le problème avec vous les femmes…dès que vous voulez parvenir à vos fins, vous cherchez à nous prendre par les sentiments. Il faudrait bien plus qu’un simple baiser pour me
convaincre. » dit-il.
« C’est le seul acompte que je puisse te donner en attendant que Lilith ne suive sa destiné. Qui sait? Une fois mon devoir accompli, peut être serais-je libre de tout engagement et
succomberai-je enfin à tes avances. » répliqua la prêtresse afin de laisser tout espoir à son prétendant mais surtout pour lui donner le courage nécessaire à sa mission. Le connaissant sur
le bout des doigts, elle savait comment amadouer ce séducteur qui serait prêt à vendre son âme au diable pour une nuit éphémère dans ses draps.
« Où dois-tu te rendre? » demanda-t-elle simplement.
« Au campement Shintô, ils doivent m’emmener voir leur Bouddha. » Répondit tout aussi directement Apollonius.
« Parfait! Au moins tu aura la chance d’avoir une bonne escorte pendant quelques temps. Après je te fais confiance pour te fondre dans la nature. Ramène moi Lilith à la prochaine moisson.
Tout serra enfin prêt pour accomplir sa rencontre. Viens avec moi, je vais te faire emprunter le souterrain nord. Il vous mènera à proximité de la clairière des coquelicots. » décida la Geb
Sephiroth. Lorsque la Wicca présenta Lilith à son nouveau tuteur, celui-ci comprit que la prêtresse avait bien peaufiné son plan. Elle l’avait accoutrée de la soutane des apprentis Alchimistes.
L’espace d’un instant il se sentit manipulé. Comment pouvait-elle être si sur de son assentiment pour l’avoir préparé avant même qu’il ne donne son accord. Face à autant de clairvoyance de la
part de la Geb Sephiroth, Apollonius espérait simplement ne pas devenir le dindon de la farce et jouer un jeux dont il ne maitrîsait aucune règle. Aussi bien face aux Wicca qu’à ceux de sa propre
congrégation. Les présentations furent des plus sommaires. Apollonius ne vit même pas le visage de Lilith. Elle les attendait calmement dans sa chambre et regardait imperturbablement ses pieds.
La Geb lui dit simplement.
« Lilith! Comme je te l’ai expliqué, Apollonius va s’occuper un moment de ton éducation. Il va t’apprendre l’art des Alchimistes voire celui des Shaman. Même si tu es vouée à devenir
Sephiroth, ce savoir t’apportera beaucoup. Je sais! C’est un homme mais je lui fais une confiance aveugle. Tu devras faire tout ce qu’il te demande. Suivre à la lettre ses recommandations. Et si
nous sommes obligés de te travestir c’est pour que tu puisses suivre son enseignement. N’ai aucune crainte, cela ne nuira pas à ta Kabbale. »
La petite n’émi aucune protestation, elle ne dit mot. La Geb l’a prit par la main et conduisit le maître Alchimiste avec son nouvel élève à l’entrée du passage secret qui menait à la clairière
des coquelicots. Elle donna une torche à Apollonius et ne prit même pas la peine d’embrasser l’enfant philosophal qu’elle risquait pourtant ne jamais la revoir.
« Que Cernunnos guide vos pas. » dit-elle simplement avant de les laisser pénétrer dans l’obscurité du passage secret. Celui-ci était taillé à même la roche. Apollonius prit la tête de
la cordée suivit par son apprenti assigné. Tous deux marchaient en silence dans ce sombre tunnel. Apollonius brûlait au fur et à mesure les innombrables toiles d’araignées qui semblaient vouloir
les retenir. En se consumant, les fils de soie dégageaient une odeur fétide. Avant de s’apprivoiser, les deux volatiles ruminaient leur destin. Apollonius pensait être acquitté de sa tache et
venir récolter le fruit de l’expérience une fois celle-ci mûre. Mais apparemment, il devait à nouveau contribuer à l’efflorescence de ce papillon de nuit. Cette chenille allait enfin pouvoir
sortir de son cocon et déployer ses ailes vers d’autres horizons. Qui certes mène dans l’inconnu, source d’angoisse et d’appréhension mais qui engendre en contre partie la même excitation
qu’éprouve un explorateur en foulant une terre vierge. Lilith n’avait jamais quitté Héliopolis. On l’avait materné comme une poule couve son œuf. Mais pas n’importe poule, on avait à faire à
celle aux œufs d’or dont le poussin aura forcement du mal à éclore. Mais on s’entêtera à le choyer en attendant que son bec soit suffisamment puissant pour percer de lui-même cette coquille
blindée. A moins que les circonstances fassent qu’un coq trop impatient s’acharne à jeter l’œuf afin de le briser. Soit pour l’aider, soit pour voir ce qui se cache à l’intérieur. Lilith
possédait donc encore son innocence d’enfant intacte. Peut être un peu trop même. Il n’est pas très judicieux de protéger totalement un enfant. Car l’homme étant un loup pour l’homme,
qu’adviendrait-il de la brebis si elle perdait son berger? Certes Lilith fut déjà confrontée une fois dans sa vie à la cruauté humaine mais sa réaction fut à la hauteur de son éducation.
Effectivement, depuis de nombreuses années, les Wicca essayaient de créer leur animal totem: la licorne. Déjà elles avaient équipé leur armée d’un cheval particulier, le pégase qui
possédait de magnifiques ailes de cygne. Mais créer la licorne s’avérait beaucoup plus délicat, surtout si on voulait qu’elle possède des ailes. Car cela demandait une transmutation de trois
animaux qui sans l’Ouroboros s’avérait une mission inconciliable. L’entêtement n’est pas forcement une qualité mais à force de tâtonnement, les Sephiroth parvinrent à réaliser leur objectif. Mais
à quel prix? La prêtresse qui réussit cet exploit vint immédiatement chercher la Geb Sephiroth. Devant l’annonce de ce miracle, toutes les prêtresses présentes ainsi que Lilith se précipitèrent
afin d’admirer le prodige. Toutes s’émerveillèrent, toutes acclamèrent les premiers pas de ce poulain. Il était magnifique, d’un blanc d’une pureté angélique. Seul Lilith ne partagea pas cette
liesse. Peut être à cause de sa taille qui l’empêchait de voir au dessus des Sephiroth qui lui obstruaient la vue? Qui dans leur joie immense en avaient oublié la présence de l’enfant. Lilith se
contenta donc d’observer ce qu’il y avait autour. Et ce n’était pas beau. Tout du moins pour une personne connaissant les aléas de la vie. Car si les Sephiroth réussirent à engendrer la licorne,
ce fut au détriment de nombreux cobayes dont certains servirent d’intermédiaire. Se trouvait dans des cages tous les rebus de ces expériences. Ce cirque pour animaux difforme était un hymne à la
laideur. Certains ne possédaient que trois pattes, d’autres cinq voir huit. Des museaux se trouvaient à la place des oreilles, des oreilles à la place des yeux. Tous étaient différents dans leur
morphologie mais tous reflétaient la même horreur. Ils ne possédaient qu’une seul chose en commun, l’éclat dans leurs yeux. qui reflétaient l’impression de connaitre leur sort, d’avoir conscience
qu’on les mèneraient bientôt à l’abattoir. A moins que l’on ait encore besoin d’eux afin de renouveler l’exploit. C’est en se plongeant dans ces regards que Lilith apprit le sens du mot
désespoir. Elle fut beaucoup attristée et personne ne comprit pourquoi l’enfant philosophale ne sautait pas de joie à l’idée de pouvoir monter un jour la licorne. Trois jours passèrent et aller
savoir pourquoi, une nuit Lilith parti rejoindre cette cour des miracles pour se coucher aux côtés de ces monstres. Elle enlaça le plus frêle d’entre eux et dormi au creux de son encolure. On dit
qu’un bébé ne ressent pas la douleur, tout du moins qu’il ne l’interprète pas comme tel. Mais peut être que Lilith avec ces animaux en souffrance revivait-elle l’ablation de ses ailes ancrées au
plus profond de sa chair. De la confiscation de ses deux membre afin de la fondre parmi les hommes. Car ceux-ci avaient décrétés une norme, un cahier des charges afin de respecter l’humanité.
Même si c’était pour son bien que dire de ces religieuses qui se plièrent à cette excision? Qui refusait qu’elle puisse monter au septième ciel grâce à cette particularité qui faisait d’elle un
être unique. Qui aurait put éprouver une liberté totale de mouvement. Un plaisir bien plus grand que le commun des mortels, voué à être cloué au sol comme certains l‘on été sur des croix. Les
empêchant ainsi de se rapprocher du soleil, de cette soi-disant vérité. Sans se poser la question que la vérité n’est qu’une question d’interprétation. L’homme est-il si égoïste pour ne pas
autorisér un plaisir qu’il veut octroyer à son seul sexe. De peur que la personne se retrouve au dessus de lui, aussi bien au sens figuré qu’au sens littéral. Considère t-il sa moitié comme un
animal seulement indispensable pour assouvir sa propre envie? Sans qu’il y est partage mais qu’une totale soumission? Quelle religion peut prôner tel châtiment? Quel interprète peut-il certifier
du dessein de son Dieu? Car si c’est le cas, cela voudrait simplement dire que la femme est soumise à l’homme simplement parce que l’homme se doit d’être soumis à Dieu. Par le principe des vases
communiquants une hiérarchie s’instaure naturellement et fit que les Wicca traitèrent les créations de Cernunnos en simples cobayes afin de réaliser un simple fantasme. Reniant ainsi sans s’en
rendre compte l’essence même de leur religion qui voulait que chaque vie soit respectée comme si c’était la sienne. Et en traitant ainsi ces rats de laboratoire, elle s’auto flagellait et se
fermait les portes du paradis bien qu’elle n’avaient de cesse de prôner au nom de dieu des règles qui du coup ne s’avéraient valable qu’ici bas. Les deux cicatrices laissées sur le dos de Lilith
suite à son opération semblaient vouloir donc s’ouvrir afin de lui redonner toute son intégrité. Et lui permettre aussi de vivre pleinement avec ce que son dieu lui avait offert. Les Sephiroth
par facilité avaient préféré honnir cette différence et détériorer ainsi l’œuvre originale de son créateur. Commettant ainsi le même sacrilège qu’un enfant qui gribouillerait la Joconde
simplement parce que son sourire ne lui conviendrait pas. Bien sur l’enfant philosophale n’était pas au courant de son fameux sourire. On lui avait fait croire que ses entailles étaient des
marques de naissance mais son don de divination l’alertait qu’on lui mentait. Tout comme le regard fuyant des Sephiroth qui éludaient souvent ses questions de plus en plus pertinentes. Par contre
dans les regards de ces horreurs de la nature, elle y avait trouvé un semblant de compréhension, presque à la limite de la pitié. Est-ce pour cela qu’elle passa une nuit de rêve auprès de ces
monstres qui auraient provoqués des cauchemars aux autres enfants? Est-ce pour cela aussi que le surlendemain elle libera tout le troupeau? Jamais le sanctuaire des Sephiroth ne connut
effervescence aussi grande. Elles durent déployer une énergie gigantesque afin de rattraper tous ces animaux qui faisaient tâche dans ce lieu saint. Et lorsqu’on demanda à Lilith de se justifier,
elle répondit:
« Pourquoi la licorne peut gambader où bon lui semble et que ses frères ne peuvent pas jouer avec elle? Ils paraissaient si tristes enfermés…. Je voulais simplement leur redonner le
sourire. »
Face à autant de sincérité la Geb ne put punir l’enfant philosophale. Elle chercha juste à lui faire prendre conscience que le monde des adultes possédait des codes souvent difficile à décrypter.
Et aujourd’hui, Lilith se demandait quels codes lui enseignerait son nouveau professeur. Mais elle comprit très vite que ce n’était pas les mêmes que ceux auxquels elle adhérait. Lorsque
Apollonius aperçut la fin du passage secret, il pressa le pas pour enfin découvrir le visage de celle qu’il n'avait vu que bébé. Il se faufila difficilement dans la cavité de l’arbre mort qui
faisait office de sortie.
« Chiotte… » Pesta-t-il.
Quant à Lilith, elle n’eut aucune difficulté pour s’extraire de cette porte qui lui ouvrait le monde. Une fois tous deux dehors, Apollonius s’agenouilla auprès de Lilith. Il posa ses deux mains
au bord du capuchon de celle-ci afin de découvrir son visage.
« Voyons ce qui se cache sous cette carapace. » Dit-il.
Bien que l’obscurité de la nuit ne lui reflétait pas l’authenticité de son visage, il comprit très vite qu’il serait difficile de la faire passer pour un garçon. Ses yeux noirs, ses cheveux roux,
sa coupe à la garçonne, ne suffisaient pas à tromper l’œil de la réalité de son sexe. Connaissant les rites des Sephiroth, Apollonius se dit simplement qu’il avait dû être dur de tondre celle
vouée à devenir la plus grande prêtresse.
« Et ben… Cela a dû t’affliger de te séparer de ta crinière de licorne. Mais même accoutrée de cette tignasse, tu n’abuseras que le simple d’esprit. Tes traits sont bien trop fins pour
tromper le quidam.» dit-il spontanément sans attendre une quelconque réponse comme si il se parlait à lui-même.
« On va déjà commencer par te donner un autre prénom. » Continua-t-il, certain que seul ce leurre pourrait abuser tous le monde. Comme si Maurice ou Jacques permettrait de mystifier un
organe. Peut être parce qu’il connaissait la nature exacte de Lilith, il ne parvenait pas à mettre un nom sur ce visage. Il lui semblait trop incohérent un homonyme masculin sur cette féminité
cachée. Fort heureusement pour lui, il trouva la réponse dans sa nonchalance habituelle. Par un élément extérieur qui influença une énième fois son choix.
Un moustique eut le malheur de vouloir prélever sa pitance alors que sa cible n’était pas encore endormie. Lorsque Apollonius sentit la piqûre, sa réponse fut immédiate. Il l’écrasa sans se poser
de question avec la seule certitude qu’une erreur peut coûter très chère lorsque le moment est inapproprié.
« Satané moustique! » dit-il en constatant qu’on lui piquait une partie non quantifiable de ce qui coulait dans ses veines. Mais qui à ses yeux paraissait déjà trop.
« Il ne faisait que prélever de quoi subvenir à ses besoins. » Intervint aussitôt Lilith qui prouvait ainsi que rien ne lui échappait.
« Donner quelques gouttes de sang pour participer à l’évolution d’une espèce n’est pas cher payé… Enfin… Faut-il encore tomber sur une personne qui l‘accepte.» conclu t-elle avec une
pertinence à la limite de l' indécence. Apollonius renâcla face à cette remarque. Habitué depuis quelques temps à une totale liberté de mouvement et d'action, il n'accepta que difficilement la
réflexion.
" Oh la la, la petite sainte ni touche! Je n'ai pas eu l'occasion de t'entendre pendant tout le trajet. J’étais pressé d’entendre ta voix mais si c’est pour faire le paternel, je préfère mille
fois ton silence! » Avertit Apollonius.
« Tiens… Puisque tu sembles tant apprécier ces nuisibles, ce sera ton nouveau prénom. Moustique sa sonne plutôt bien pour un apprenti. » dit-il avec une pointe d’ironie dans la
voix.
« Viens moustique, on nous attends. Je vais te faire découvrir le monde des hommes. Et si tu veux te faire des amis, je te conseille d’être plus aimable. » Conseilla Apollonius
contrarié de devoir se farcir la présence de l’enfant philosophale. Ils se remirent ensuite en route pour rejoindre la clairière des coquelicots. Vu leur premier contact pas des plus chaleureux,
le reste du trajet se fit dans un silence à faire pâlir le plus discret des fantômes.
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